Spiritualité thérésienne

Chapelle Notre-Dame-du-Sourire

La Miséricorde de Dieu dans la spiritualité thérésienne

 Jean-Paul II disait dans sa méditation: «Dieu n’a qu’un seul désir : combler son peuple de bien et obtenir sa conversion. Car la Parole ultime de Dieu n’est jamais le jugement ou le châtiment mais l’amour et le pardon ».

Amour et pardon : voilà les deux mains de la miséricorde divine.

 Thérèse en a eu une très vive conscience elle qui se savait toute petite, « un petit oiseau couvert de duvet ». Sa petite voie en est une de confiance infinie dans la miséricorde divine. L’homme d’aujourd’hui a besoin de redécouvrir cette miséricorde rendue visible en Jésus, afin que l’humanité soit délivrée du doute et de la peur, sources de division, de violence et de guerre. Au moment de rédiger cette homélie, j’entends à Évangélisation 2000 ceci : « Nous du 21ème siècle avons des ordinateurs super puissants, mais nous avons des boussoles spirituelles, intérieures, déréglées. Elles sont démagnétisées et nous avons besoin de Jésus pour les réajuster ». Thérèse réajuste nos boussoles sur Jésus.

C’est surtout dans ses derniers écrits, durant la nuit de foi terrible qu’elle traversait, que nous puisons ses réflexions sur la Miséricorde de Jésus. Thérèse nous raconte comment elle expérimente la difficulté d’être vraiment miséricordieuse, vraiment charitable avec le vrai monde qui l'entoure… car c’est toujours là que Jésus nous attend, plutôt que dans nos beaux discours sur la charité, nos beaux cantiques d’amour : « voyez comme ils s’aiment, voyez leur bonheur » !

Comment a-t-elle vécu dans le banal quotidien ordinaire cette miséricorde que Jésus nous invite à avoir.

Thérèse, comme nous tous, n’est pas spontanément miséricordieuse :  

« Lorsque je voyais une soeur qui faisait quelque chose qui me déplaisait et me paraissait irrégulier, je me disais : Ah ! comme ça me ferait du bien de lui dire ce que je pense ! » Il est bon de le découvrir, on n’est pas si pire !

Thérèse ne cherche pas à se récompenser en étant charitable 

Elle voit bien qu’il y a des sœurs qui sont imparfaites, non pas de leur faute, mais que « toutes ces choses – manque de jugement, d’éducation, susceptibilité – sont infirmités morales chroniques, il n’y a pas d’espoir de guérison ». Et devant de telles personnes quelle conclusion tire-t-elle? 

« Je dois rechercher en récréation la compagnie des sœurs qui me sont le moins agréables, remplir près de ces âmes blessées l’office de bon Samaritain. Une parole, un sourire aimable suffisent souvent pour épanouir une âme triste ; mais ce n’est pas absolument pour atteindre ce but que je veux pratiquer la charité car je sais que bientôt je serais découragée : un mot que j’aurai dit avec la meilleure intention sera peut-être interprété tout de travers. Aussi pour ne pas perdre mon temps, je veux être aimable avec tout le monde, et particulièrement avec les soeurs les moins aimables pour réjouir Jésus .... Jésus nous invite à ne pas chercher de récompense dans nos gestes envers autrui « et vous serez heureux, car votre Père qui voit dans le secret vous en récompensera ».

Voilà donc que Thérèse fait le lien avec la miséricorde du Père : nous devons être miséricordieux comme le Père l’est. Le Père se complaît avec les plus pauvres, Jésus son Fils faisait pareil : « Tu manges avec des publicains et des prostitués, Tu pardonnes trop facilement aux femmes divorcées, adultères, prostituées. Tu n’observes pas les règles de notre religion, le Sabbat, éviter les relation avec les publicains, etc... » ! Quelle attitude mettre en pratique pour la vivre moi-même ? Dans sa «petite voie» Thérèse indique quelques critères :

1. Supporter avec douceur ses imperfections. Autrement dit, être miséricordieux envers soi-même.

Si Dieu aime particulièrement les petits et les pauvres, prenons conscience de nos misères et de nos imperfections et sans sombrer dans une culpabilité morbide ou la négation pure et simple de nos "limites chroniques" comme dit sainte Thérèse. Tirons partie de ces limites en les remettant simplement à Dieu qui semble aimanté par cette petitesse. C'est dans cette confiance infinie en l'amour de Jésus que Thérèse invitait sa sœur Céline à «supporter avec douceur ses imperfections ».

2. Une sainteté au quotidien : rien d'exaltant, le faire "par amour".

La sainteté ce n'est pas une question de perfection, mais d'amour. Regardons attentivement autour de nous, dans notre entourage quotidien pas toujours très stimulant. La vie ordinaire, surtout les réalités familiales, à l'école pour les enfants, au travail pour les adultes, deviennent les lieux de la sainteté, c'est-à-dire de la miséricorde.

C'est là que Jésus nous attend dans nos proches qui exigent souvent bien de la patience, bien de l'énergie pour les endurer ou les servir !  Ce que nous faisons au plus petit, au plus tannant, à ceux qui ont le don de nous agacer et nous décevoir, c’est à Jésus que nous le faisons. Thérèse : « Ce n’est pas toujours avec des transports d’allégresse que j’ai pratiqué la charité… mais je le faisais avec tant d’amour qu’il m’aurait été impossible de mieux faire si j’avais dû conduire Jésus Lui-même ».

 
3. La miséricorde : accessible à tous.

 Thérèse nous montre que la sainteté, qui se vit en étant miséricordieux, est accessible à tous. Elle ne met pas l'accent sur les moyens extraordinaires d'exercer l'amour «comme Jésus nous aime», mais c'est dans la petite voie vécue dans le quotidien ordinaire de la vie.

" Thérèse n’enferme pas le christianisme dans un moralisme étroit mais, fidèle à l’Évangile, elle l’ouvre sur la miséricorde d’un Dieu qui n’est pas « venu appeler les justes, mais les pécheurs.» (Mc 2,17); car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.» (Lc19,10) . Bonne nouvelle pour les familles d’aujourd’hui que cet Évangile de la miséricorde

supporté par Jésus-Christ au coeur même de nos limites, détresses, nos difficultés. Avec Thérèse, les parents (et les grands-parents) ont à s’abandonner à cette miséricorde, surtout lorsqu’ils sont confrontés à ce que vivent leurs enfants et qu’ils ont à respecter leur conscience et leur liberté : un ado qui prend de la drogue, une fille qui avorte... Mystère de la miséricorde divine qui se déploie dans la litanie de la misère humaine, où le pardon permet tous les recommencements." (Jacques Gauthier, Thérèse de Lisieux une espérance pour les familles, Éd. Des Béatitudes, p. 97).

4. La miséricorde est le nom même de l’amour de Dieu.

Pour Thérèse, la miséricorde est le nom même de l’amour de Dieu, son être qui le définit plus que tout autre qualificatif. Pas un Dieu justicier sévère que nous avons à craindre, mais un Dieu que nous ne pouvons accueillir qu’au sein même de nos faiblesses et de nos fragilités. (Gauthier, J.) «
Il me semble que si toutes les créatures avaient les mêmes grâces que moi, le Bon Dieu ne serait craint de personne mais aimé jusqu’à la folie et que par amour, et non pas en tremblant, jamais aucune âme ne consentirait à Lui faire de la peine... Je le contemple à travers sa Miséricorde infinie ... Quelle douceur de penser que le Bon Dieu est Juste, c’est-à-dire qu’Il tient compte de nos faiblesses, qu’Il connaît parfaitement la fragilité de notre nature».

 Si nous appliquons cette petite voie de Thérèse à notre vie en famille, nous comprenons qu’il y a là tellement d’occasions de vivre la miséricorde de Dieu. «Ah! Je comprends maintenant que la charité parfaite consiste à supporter les défauts des autres, à ne point s’étonner de leurs faiblesses, à s’édifier des plus petits actes de vertus qu’on leur voit pratiquer».

 Citant cette parole de Thérèse, Jacques Gauthier rappelle combien "cet amour, qu’il soit conjugal ou familial, demande l’oubli de soi pour qu’il débouche sur le don de soi. Cette grâce de s’oublier est ce qu’il y a de plus difficile. Pour Thérèse, cela devient plus facile lorsqu’on fixe son regard sur Jésus et qu’on l’aime : «Il n’y a qu’à l’aimer sans se regarder soi-même, sans trop examiner ses défauts.» Comment? Encore ici, la réponse est toute simple et peut nous dérouter ; c’est l’abandon confiant dans le coeur de Dieu : « L’amour qui ne craint pas, qui s’endort et s’oublie, sur le Coeur de son Dieu comme un petit enfant". (Gauthier, J.)

 Terminons par cette exclamation bouleversante de notre petite sainte : «Oh ! Que je suis heureuse de me voir imparfaite et d’avoir tant besoin de la miséricorde du Bon Dieu au moment de la mort !». L’Amour attire l’amour ! Il fallait qu’elle aime beaucoup pour parler ainsi et dire à sa sœur Céline de supporter avec douceur ses imperfections !

 

Paul Rancourt, Juin 2003

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