Thérèse et l'Eucharistie

Thérèse n’a pas décrit dans ses cahiers comment elle vivait l’adoration eucharistique. C’est en l’écoutant parler de cet amour de Dieu et de notre amour pour Dieu que nous découvrirons son amour de l’Eucharistie. Thérèse nous révèle sa façon d’adorer Jésus Eucharistie dans sa très belle parabole du petit oiseau et du grand Aigle. Elle ne se sent pas capable de vivre ses aspirations d’amour du Seigneur comme les grands saints qu’elle appelle les Aigles. Elle n’est qu’un petit oiseau qui voudrait imiter les Aigles, ses frères qu’elle voit s’élever jusqu’au foyer Divin de la Trinité. Voici comment elle vit, dans ce désir de prière et d’adoration, les obstacles que nous connaissons tous dans nos heures d’adoration. Lisons sa parabole de l’aigle et du petit oiseau en découvrant l’attitude de la petite Thérèse et laissons-nous inspirer par elle.  

Imperfection et faiblesses? Thérèse s’abandonne avec l’audace de l’enfant.

«Moi je me considère comme un faible petit oiseau couvert seulement d’un léger duvet. S’envoler comme les aigles, n’est pas en son pouvoir.  Le petit oiseau ne va pas même s’affliger. Avec un audacieux abandon, il veut rester à fixer son Divin Soleil; rien ne saurait l’effrayer, ni le vent, ni la pluie et si de sombres nuages viennent à cacher l’Astre d’Amour, le petit oiseau ne change pas de place, il sait que par-delà les nuages son Soleil brille toujours.

Sentiment d’être indigne ? Ne pas fuir, rester là.

Quel bonheur pour lui de rester là quand même, de fixer l’invisible lumière qui se dérobe à sa foi!!! Jésus, jusqu’à présent je comprends ton amour pour le petit oiseau, puisqu’il ne s’éloigne pas de toi…mais je le sais, et tu le sais aussi, souvent, l’imparfaite petite créature tout en restant à sa place se laisse un peu distraire de son unique occupation.

Distraction, infidélités ? Raconter tout au Bien-Aimé.

Le petit oiseau se laisse parfois distraire de son unique occupation. Elle prend une petite graine à droite et à gauche court après un petit ver... puis rencontrant une petite flaque d'eau elle mouille ses plumes à peine formées, elle voit une fleur qui lui plaît, alors son petit esprit s’occupe de cette fleur... enfin, ne pouvant planer comme les aigles, le pauvre petit oiseau s’occupe des bagatelles de la terre.

Cependant, après tous ses méfaits, au lieu d’aller se cacher dans un coin pour pleurer sa misère et mourir de repentir, le petit oiseau se tourne vers son Bien Aimé soleil, il présente à ses rayons bienfaisants ses petites ailes mouillées, il gémit comme l’hirondelle et dans son doux chant il confie, il raconte en détail ses infidélités, pensant dans son téméraire abandon acquérir ainsi plus d’empire, attirer plus pleinement l’amour de Celui qui n’est pas venu appeler les justes mais les pécheurs. Si l’Astre Adoré demeure sourd aux gazouillements plaintifs de sa petite créature, s’il reste voilé, eh bien ! la petite créature reste mouillée, elle accepte d’être transie de froid et se réjouit encore de cette souffrance qu’elle a cependant méritée… 

Menaces extérieures (tentations, peurs, doutes)? Thérèse se blottit dans les bras du Père.

Parfois il est vrai, le cœur du petit oiseau se trouve assailli par la tempête, il lui semble ne pas croire qu’il existe autre chose que des nuages qui l’enveloppent; c’est alors le moment de la joie parfaite pour le pauvre petit être faible. Quel bonheur pour lui de rester là quand même , de fixer l’invisible lumière qui se dérobe à sa foi!!! Jésus, jusqu’à présent je comprends ton amour pour le petit oiseau, puisqu’il ne s’éloigne pas de toi… Oh ! Jésus, que ton petit oiseau est heureux d’être faible et petit, que deviendrait-il s’il était grand?

Fatigue, sommeil Ne pas se désoler, rester en paix prier les anges et les saints !

S’il était grand, jamais il n’aurait l’audace de paraître en ta présence, de sommeiller devant toi.. oui, c’est là encore une faiblesse du petit oiseau lorsqu’il veut fixer le Divin Soleil et que les nuages l’empêchent de voir un seul rayon; malgré lui ses petits yeux se ferment, sa petite tête se cache sous la petite aile et le pauvre petit être s’endort, croyant toujours fixer son Astre Chéri. À son réveil, il ne se désole pas. Son petit cœur reste en paix, il recommence son office d’amour, il invoque les Anges et les Saints qui s’élèvent comme des Aigles vers le Foyer dévorant, objet de son envie et les Aigles prenant en pitié leur petit frère, le protègent, le défendent et mettent en fuite les vautours qui voudraient le dévorer.

Tentations, doutes, obsessions? Thérèse contemple l’hostie, prie Jésus de la Passion.

Les vautours, images des démons, le petit oiseau ne les craint pas, il n’est point destiné à devenir leur proie mais celle de l’Aigle qu’il contemple au centre du Soleil d’Amour. Ô Verbe divin, c’est toi l’Aigle adoré que j’aime et qui m’attire, c’est toi qui s’élançant vers la terre d’exil as voulu souffrir et mourir afin d’attirer les âmes jusqu’au sein de l’Éternel Foyer de la Trinité Bienheureuse, c’est toi qui remontant vers l’inaccessible Lumière qui sera désormais ton séjour c’est toi qui reste encore dans la vallée de larmes caché sous l’apparence d’une blanche hostie.

Jésus reste voilé ? Confiance sans borne, car Lui me voit, et son divin regard me donne vie à chaque instant!!

Caché sous l'apparence d'une blanche hostie, Aigle éternel, tu veux me nourrir de ta divine substance, moi, pauvre petit être, qui rentrerais dans le néant si ton divin regard ne me donnait la vie à chaque instant… Ô Jésus ! laisse-moi dans l’excès de ma reconnaissance, laisse-moi te dire que ton amour va jusqu’à la folie… Comment veux-tu devant cette folie, que mon cœur ne s’élance pas vers toi ?

Sentiment de petitesse et d’impuissance ? Espérer contre toute espérance et supplier Dieu !

Comment ma confiance aurait-elle des bornes… ah! Pour toi, je le sais, les Saints ont fait aussi des folies, ils ont fait de grandes choses puisqu’ils étaient des Aigles.

Jésus, je suis trop petite pour faire de grandes choses… et ma folie à moi, c’est d’espérer que ton Amour m’accepte comme victime… Ma folie consiste à supplier les Aigles mes frères de m’obtenir la faveur de voler vers le Soleil de l’Amour avec les propres ailes de l’Aigle divin…

Aussi longtemps que tu le voudras, ô mon Bien-Aimé, ton petit oiseau restera sans forces et sans ailes, toujours il demeurera les yeux fixés sur toi, il veut être fasciné par ton regard divin, il veut devenir la proie de ton Amour… Un jour, j’en ai l’espoir, Aigle Adoré, tu viendras chercher ton petit oiseau et remontant avec lui au Foyer de l’Amour, tu le plongeras pour l’éternité dans le brûlant Abîme de Cet Amour auquel il s’est offert en victime…

(Les textes en italiques sont tirés de :Histoire d’une âme, p.170 sv)

Conclusion : Thérèse nous enseigne une confiance d’enfant sans borne. Elle se laisse fasciner par Dieu. Finalement c’est LUI le Grand Aigle. C’est LUI qui nous regarde à l’adoration. Être fasciné par le regard de Dieu ! Ne pas s’évertuer à « impressionner Dieu » par nos prouesses adoratrices ! Se laisser plutôt transformer doucement par Lui… (P.R., 9 mai 2003)

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